L’illusion d’une commune « bien gérée »

Tribune libre dans Heillecourt notre ville – avril 2019

Si on ne peut pas faire dire n’importe quoi aux chiffres, il y a pourtant différentes analyses possibles en cherchant bien ce qui se cache derrière les comptes 2018 et le budget 2019, présentés lors du dernier conseil municipal.

Le budget de la commune s’élève à 3,6 millions € de dépenses de fonctionnement, 430 000€ d’équipement (moyenne 2016-2018) et 240 000€ de remboursement d’emprunts en capital.

Les dépenses de fonctionnement sont constituées à 60% par la masse salariale du personnel qui fait fonctionner les services dans les domaines de la petite enfance, des écoles, des loisirs, de la propreté, du cadre de vie et de la sécurité… On observe, ces dernières années, une vague de départs de cadres et employés qui, malgré leurs motivation et implication initiales, ne supportent plus le fonctionnement de la commune. En effet, l’inconstance dans le pilotage « politique » rend chaotique l’organisation de la municipalité et seuls la conscience professionnelle et le sens du service public du personnel municipal permettent de sauver les apparences.

S’agissant des investissements, les choix de réalisations doivent s’apprécier sur une période longue. Si nous avions exprimé, dès 2010, des réserves sur le principe et le coût de construction de la salle de l’Espinette (1,5 million €), c’était bien parce que nous défendions déjà l’idée qu’il fallait concilier, dans un même projet, la volonté de créer une « salle festive » et la nécessité de rénover la MTL. Aujourd’hui, sans la moindre réflexion, ni concertation sur l’évolution de ses fonctionnalités, le « projet » de réfection de la MTL se limite à la toiture et la façade (500 000€), et aux travaux obligatoires d’accessibilité. Pendant ce temps, la salle de l’Espinette « rapporte » 20 000€ de locations et coûte 50 000€ de fonctionnement par an, et l’école de musique est installée dans un bâtiment qui se fissure et s’affaisse. Quant à « l’agenda d’accessibilité programmée » voté pour la période 2016-2020 (évaluation de 600 000€), il est réalisé à moins de 25% à ce jour.

Les subventions accordées aux associations s’élèvent à environ 90 000€ chaque année. Celle attribuée à l’association Les Foulées de l’Embanie (total de 95 500€ entre 2012 et 2018) a fait l’objet d’interrogations répétées sur la clarté des comptes et certains intérêts « croisés ». Pour 2019, l’association a légitimement sollicité une subvention exceptionnelle suite à l’annulation forcée de la manifestation du 23 septembre 2018 et un déficit affiché de 10 000€. A l’examen de cette demande, nous avons constaté l’absence des comptes de 2017 et des incohérences dans ceux présentés pour 2018. Compte tenu des liens étroits de gouvernance et financiers entre l’association et la commune, nous prenons l’initiative de signaler ces anomalies à la Chambre régionale des comptes.

Si l’autosatisfaction et les effets d’annonce permettent d’entretenir l’illusion d’une commune « bien gérée », celle-ci résiste un peu moins à une analyse contradictoire.