Chronique d’un « confinement municipal »

Chronique d’un « confinement municipal »

A peine le 1er tour des élections municipales était-il passé que le confinement de toute la population était décidé à partir du 17 mars. Dans de telles circonstances, comme nous l’avions indiqué dès le lendemain, nous refusions de siéger pour l’installation du conseil municipal, d’abord convoqué le vendredi 20 mars, puis le dimanche 22 mars. Après la troisième version de la convocation envoyée par le Maire, le Premier Ministre décidait, au regard de la situation sanitaire, de reporter à une date indéterminée toutes les installations des conseils municipaux élus au 1er tour.

Dès lors, nous nous sommes astreints à la retenue qu’imposaient le contexte et la nécessité de mobilisation des responsables locaux sur la gestion de la crise sanitaire, quand bien même les priorités d’action du Maire nous ont paru très rapidement décalées par rapport à la gravité de cette crise. Mais force est de constater que cette retenue n’est pas vraiment dans son ADN au vu de sa communication qui relève plus de l’enfumage que de l’information sur l’action conduite, tant sur sa gestion locale de la crise que plus récemment sur la fermeture annoncée d’une classe à l’école Chateaubriand.

Cela commence avec la Résidence du Moulin. Alors que certains établissements hébergeant des personnes âgées ont anticipé les obligations de confinement de leurs résidents pour les protéger d’un risque les concernant particulièrement dès fin février, la décision n’a été appliquée à Heillecourt que le 18 mars, après avoir attendu « l’autorisation » de l’Agence régionale de santé… La Résidence compte malheureusement à ce jour un décès et plusieurs hospitalisations. Mais le Maire prétend que toutes les mesures ont été prises au bon moment.

Car comme au niveau national, l’action a systématiquement été marquée par du retard à l’allumage. Les membres du Centre communal d’action sociale (CCAS), instance municipale en charge de la solidarité, ont été informés et sollicités par mél 15 jours après le début de la crise. Concrètement, cette instance ne disposait pas des outils ni des listes à jour des personnes les plus fragiles. Fort heureusement, la solidarité s’est organisée entre parents, amis ou voisins.

ER 28 avril

D’après la presse (28 avril), une « cellule de crise » serait réunie par le Maire avec « des élus de toute sensibilité politique » (« toute » au singulier…). Outre le fait de ne pas comprendre ce que la « politique » vient faire ici, nous constatons surtout que les anciens et nouveaux élus dits « d’opposition » n’ont toujours aucune information sur la gestion de la commune depuis mi-mars, contrairement à ce qu’impose l’ordonnance du 1er avril 2020 relative au fonctionnement des instances locales durant l’état d’urgence sanitaire. Nous apprenons tout par les communiqués de presse de la mairie, repris sous forme d’articles dans l’Est Républicain.

L’affaire de la commande de masques est une histoire rocambolesque doublée, à en croire certaines indiscrétions, d’arrières-pensées politiciennes. Dans un premier temps, la mairie reçoit une proposition de commande groupée par le Conseil départemental qui prend en charge la moitié du coût. Une semaine plus tard, nous apprenons que le mél de la commande d’Heillecourt adressé au Conseil départemental pour 5 000 masques ne serait jamais arrivé, contrairement à 550 autres communes du département. N’ayant pas donné suite à la proposition du Conseil départemental, le Maire se retourne alors vers la seule commande groupée de la Métropole pour 12 000 unités. Il explique aujourd’hui que la disponibilité des masques dépendra (évidemment !) des fournisseurs, histoire de se dédouaner par avance d’un éventuel retard dans la distribution aux Heillecourtois à partir du 11 mai.

Et en plein coeur de cette actualité, la presse annonce (17 avril) le projet de carte scolaire départementale, officialisant entre autres une fermeture de classe à l’école élémentaire Chateaubriand. Alors qu’une pétition de parents d’élèves s’organise, l’adjointe chargée des écoles, Pascale César, sort de son confinement avec un communiqué / article de presse (26 avril) racontant une histoire très complaisante sur son action. En effet, comme nous l’avions indiqué nous-mêmes dans un flyer distribué dans toutes les boites aux lettres le 12 mars dernier, l’annonce programmée de la fermeture d’une classe avait été faite dès janvier 2020, lors d’une réunion en mairie avec l’inspecteur de l’Education nationale. Des parents d’élèves de l’école Chateaubriand interpellaient, depuis plusieurs années et jusqu’à la fin 2019, l’adjointe sur la baisse inquiétante des effectifs. Fin janvier 2020, elle prétendait encore que la fermeture d’une classe était des « bruits de couloir »… alors qu’elle-même avait déjà l’information par l’Education nationale. Réécrire l’histoire et tromper les habitants et les parents d’élèves est tout un art… (ndlr : depuis la parution de l’article de presse du 26 avril, la fermeture de classe de l’école Chateaubriand a été confirmée par l’instance départementale compétente).

ER 26 avril

Il tarde à tout le monde que cette longue période de « confinement » prenne fin. Commencée dans la confusion après un 1er tour d’élections municipales assez surréalistes, elle donne lieu à des pratiques politiciennes ahurissantes de la part de certains élus à la peine. Heillecourt ne déroge pas à ce constat. A la sortie de cette période troublée pendant laquelle l’action devrait pourtant prévaloir sur la communication-manipulation, les responsables auront à rendre des comptes sur la réalité des événements et des actions, sans se cacher derrière un communiqué de presse ou un site internet.

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